Des grands secs verticaux aux épanouis moelleux
Le chenin sait s’effacer derrière la terre, ou s’imposer par la douceur d’un sucre parfaitement intégré. Sur les sables et graviers de l’Anjou Blanc, il chante par sa fraîcheur, ses arômes de poire mûre, de coing, parfois de fleurs blanches et d’herbes fines. Côté schistes, il tend son fil, déroule une verticalité minérale qui lui confère, chez certains producteurs comme Richard Leroy ou Thibaud Boudignon, une étonnante capacité à la garde (jusqu’à plus de 30 ans pour certains millésimes rares, La Revue du Vin de France, n°646, 2021).
- Blanc sec : Cristallin, tendu, parfois épuré à l’extrême (appellations Savennières, Anjou Blanc, Saumur Blanc)
- Moelleux : Sur la patience et la lisière de la pourriture noble (Coteaux du Layon, Quarts de Chaume, Bonnezeaux), il embrasse la figue, l’abricot sec, le miel et l’encens, sans jamais sombrer dans l’écœurement
- Effervescent : Le chenin se prête à la bulle depuis le XIX siècle (Saumur Brut, Crémant de Loire), avec des productions représentant plus de 40% du volume du Maine-et-Loire (InterLoire)
Réinventer ses contours : vins de macération, amphores et expériences
Depuis une quinzaine d’années, guidés par la soif d’interpréter le cépage sous un jour nouveau, des vignerons d’Anjou et de Saumur se sont engagés sur les terres de la macération pelliculaire. La Table du 8 à Chavagnes a ainsi consacré plusieurs cuvées en macération longue, titrant jusqu’à 30 jours, offrant au chenin une amplitude tannique inédite.
L’amphore, quant à elle, permet de révéler une autre dimension du cépage, comme en témoigne le “Lot 03” de Claire et Florent Bejon (Dampierre-sur-Loire), qui conjugue la franchise des fruits blancs à un toucher de bouche tout en douceur.