Dans les alluvions maraîchères d’Anjou ou sur les perruques de silex tourangelles, le grolleau et le pineau d’aunis suscitent, chez les amateurs en éveil, ce frisson particulier des retrouvailles. Retrouvailles, car, plus que n’importe quel cabinet de curiosités vinique, ces deux-là appartiennent à l’histoire du Val de Loire. Pourtant, le XXe siècle les a relégués au second plan, victimes d’une image de cépages “rustiques”, “mineurs”. Le grolleau, trop utilisé en rosé bon marché, et le pineau d’aunis, réputé pour son “poivre” adolescent, ont subi l’uniformisation du goût comme la répression de leur caractère.
Pour comprendre leur résurgence actuelle, il faut remonter à la croisée des héritages et des sols. Les chiffres parlent : sur presque 23 000 hectares de vignes plantées dans le Maine-et-Loire, le grolleau occupe aujourd’hui moins de 1 200 hectares, contre plus de 8 000 dans les années 1980 (Vins Val de Loire). Le pineau d’aunis, quant à lui, se fait plus rare encore, avec environ 400 hectares recensés, surtout en Touraine (Vins Val de Loire).
Mais c’est dans la discrétion que naît la singularité : cette marginalité transforme ces cépages en révélateurs, presque en sismographes du moindre tressaillement de la terre et du climat.